🪴🐢 La 5ème cause d’érosion de la biodiversité est liée aux EEE1, les Espèces Exotiques Envahissantes, également appelées espèces invasives2. Introduites volontairement ou accidentellement par l’Homme en dehors de leurs territoires de répartition naturelle, les EEE prolifèrent aux dépends des espèces indigènes, des habitats et des écosystèmes, sans présence de prédateurs suffisants pour les réguler3 ; elles causent des dommages considérables. Pour ne citer que quelques exemples d’EEE en France, les buis sont décimés par la pyrale du buis venant d’Asie, les moustiques tigre originaires de l’Océan indien et d’Asie sont vecteurs de nouvelles maladies en métropole, les moules quagga originaires de l’Europe de l’Est envahissent les lacs alpins et d’autres plans d’eau douce ainsi que leurs canalisations, les frelons asiatiques s’attaquent aux abeilles et impactent l’apiculture, l’ambroisie d’Amérique du Nord est une plante fortement allergène et elle concurrence les cultures locales. Le nombre d’EEE dans le monde a augmenté d’environ 70 % depuis 1970 selon l’IPBES4.
📜 En plus de la stratégie nationale relative aux espèces exotiques envahissantes établi en 2017 en France5, la règlementation européenne identifie certaines EEE préoccupantes6 qu’il est interdit d’introduire, d’utiliser, de transporter vivantes, de détenir, d’échanger, de commercialiser en France. Certaines EEE végétales ou animales déjà détenues doivent être détruites. Il est possible également de signaler ces espèces lorsqu’elles sont observées dans la nature7.
Mais il existe bien d’autres EEE avérées ou potentielles, notamment reconnues par les conservatoires botaniques nationaux qui tiennent à jour des listes hiérachisées8. Or plusieurs de ces espèces sont toujours vendues en jardinerie et en animaleries. Lorsque des interdictions de vente sont décrétées, elles arrivent généralement bien tardivement, une fois que l’espèce s’est déjà propagée dans le milieu naturel. De nombreuses tortues vendues aux particuliers sont devenues invasives en France, les tortues de Floride en sont l’exemple flagrant avant une interdiction de vente en 1997, mais d’autres tortues reconnues comme des EEE les ont remplacées9.
🌱 Comment ne pas devenir malgré soi un activateur d’EEE ? Ne sachant pas si une espèce exotique va devenir envahissante, le mieux par précaution est de ne se procurer que des espèces indigènes ou reconnues comme non-envahissantes, de ne pas introduire d’EEE grâce à des achats responsables (choisir notamment des semences triées), d’être vigilant lors de ses voyages (éviter l’achat de plantes à l’étranger, ne pas transporter entre pays de végétaux alimentaires non cuits, laver les coques de bateaux, etc.), de s’informer sur les espèces invasives10 (attention par exemple lors de la destruction des plantes invasives à ne pas les propager) et sur les espèces indigènes11.
1 Selon le rapport 2019 de l’IPBES : https://files.ipbes.net/ipbes-web-prod-public-files/2020-02/ipbes_global_assessment_report_summary_for_policymakers_fr.pdf.
2 Synonyme fréquent même si les définitions peuvent ne pas totalement se recouper. Plus d’informations sur le site du MNHN : https://www.mnhn.fr/fr/qu-est-ce-qu-une-espece-invasive.
3 Il existe aussi des espèces envahissantes non-exotiques (comme les scolytes en Europe qui s’attaquent aux pins ou l’invasion de criquets en Afrique), mais aussi des espèces exotiques non-envahissantes. Selon l’étude de Williamson (Biological invasions, Springer, 1996), sur 100 espèces exotiques introduites, 10 deviendraient naturalisées (capables de se reproduire et de perdurer dans ce nouveau milieu) et 1 deviendrait une EEE.
4 Dans un ensemble de 21 pays pour lesquels des données détaillées sont disponibles, voir le rapport cité en note 1.
5 La stratégie nationale relative aux espèces exotiques envahissantes établi en 2017 en France métropolitaine et ultramarine soutient des plans d’actions territoriaux. Plus d’informations sur le Centre de ressources sur les Espèces Exotiques Envahissantes, copiloté par l’OFB et par le Comité français de l’UICN : https://especes-exotiques-envahissantes.fr/strategie-nationale-relative-aux-eee/.
6 Liens des EEE dans la faune et dans la flore par région faisant l’objet d’une réglementation : https://especes-exotiques-envahissantes.fr/base-documentaire/liste-despeces/.
6′ Exemple en Auvergne-Rhône-Alpes de la liste des EEE qui relèvent d’une règlementation avec lien INPN vers la fiche par espèce : https://www.biodiversite-auvergne-rhone-alpes.fr/agir-en-region/eee/especes/.
6 » Brochure pratique de l’AFB sur les obligations en 2018 des particuliers donnant les noms et les photos des 26 EEE animales et des 23 EEE végétales réglementées en métropole : https://www.biodiversite-auvergne-rhone-alpes.fr/wp-content/uploads/2022/08/afb-mtes-oncfs_181114_livretespecesexotiquesenvahissantes.pdf.
6 »’ La dernière version (2023) de la liste d’espèces préoccupantes pour l’Union européenne comporte 88 espèces (41 végétales et 47 animales).
7 Site et application mobile INPN Espèces : https://inpn.mnhn.fr/informations/inpn-especes.
8 Liens vers les différents CBN : https://lannuaire.service-public.fr/gouvernement/0624a94c-5a16-4129-9381-6ff22eb984c2.
8′ Le Conservatoire Botanique National Alpin indique par exemple dans le tableau 17 page 63 les EEE avérées et potentielles de la région PACA comme les herbes de la Pampa introduites vers 1857 depuis l’Amérique du Sud : https://www.cbn-alpin-biblio.fr/GED_CBNA/198332491651/BB_22659.pdf.
9 Source : https://especes-exotiques-envahissantes.fr/des-tortues-exotiques-en-france/.
10 Des guides explicatifs pratiques à télécharger sont proposés par l’OFB : https://www.ofb.gouv.fr/les-especes-exotiques-envahissantes.
11 Par exemple à partir des données de l’Inventaire national du patrimoine naturel, de son livret « 100 chiffres expliqués sur les espèces » ou de son application mobile (voir note 7).
Photo : La berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), EEE en France qui provoque des allergies et de graves brûlures en cas de contact avec la sève.



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