👨👩👧👦🏡 La déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 proclame que «La famille est l’élément naturel et fondamental de la société.» Mais comment définir une famille ? En quoi pourrait-elle être un noyau essentiel à un bonheur durable et partagé ?
Au-delà de la vision classique de la famille nucléaire composée de parents et de leur(s) enfant(s), la famille peut prendre bien d’autres formes : famille monoparentale ou recomposée, foyer avec un couple et des animaux de compagnie1, famille élargie aux liens de parenté même éloignés, famille communautaire (par exemple politique, religieuse, autour d’un même lieu de vie2 ou en clan3). Même dans le contexte de parentalité, l’adage dit bien qu’il faut un village pour élever un enfant.
La perception de l’existence d’une famille s’appuie généralement sur les liens de filiation et d’alliance, sur la responsabilité d’un enfant qu’il soit biologique ou adopté, sur la vie commune et l’entraide. Toujours est-il que la famille est un phénomène universel (mais pas pour autant naturel), ancré dans une société qui lui impose des règles, constituant traditionnellement l’unité sociale de base.4
🔗 Pour la plupart d’entre nous, la famille est une institution sociale importante dans nos vie5. Elle constitue souvent un cadre stable de relations humaines6, de solidarité chaude7, de protection, d’éducation et/ou de transmission matérielle et culturelle8. Elle peut offrir le refuge à un enfant, lui faire goûter au bonheur et à l’amour, lui donner un précieux élan avec des racines, des compétences, des idées, des envies, des projections.
Malgré son caractère incontournable et les divers liens d’attachement fort entre ses membres, la famille peut aussi porter de nombreuses ambivalences, entre une vie privée et une identité publique, entre la famille réelle et la famille désirée, parfois vue comme un refuge et parfois comme une prison. Elle est aussi un lieu d’abus et de carences4, elle a quelquefois ses secrets honteux et ses interdits moraux, elle peut générer des frustrations et des névroses9.
🪸 Quelle que soit sa forme, la famille a un tel impact sur les personnes, qu’il est important que nous en prenions grand soin, à titre individuel autant que collectif10. Or l’évolution rapide de nos sociétés depuis un siècle apporte des défis majeurs à la famille, comme l’individualisme, le court-termisme, le consumérisme, l’entre-soi des réseaux sociaux11. Au contraire la famille est une dynamique long terme, donne un goût de la stabilité et d’appartenance, demande pour cela un investissement en temps de ses membres et une responsabilité d’interdépendance.
Faire famille aujourd’hui peut être justement le lieu d’équilibres entre ces modes de vie semblant opposés12. Elle donne alors un cadre collectif à respecter mais laisse assez de libertés à ses membres, elle incite à construire à la fois une culture familiale et des identités individuelles. Loin d’un bonheur égocentré illusoire ou d’une privation altruiste délétère, la famille peut constituer la principale cellule sociale d’où germe un bonheur durable et partagé, en cultivant le soin de l’autre et l’apprentissage de règles de vie commune, les goûts du confort et de l’effort, le sens et l’envie d’une contribution personnelle à quelque chose de plus grand qui nous survivra.13
1 La philosophe américaine Donna Haraway considère certains liens entre l’humain et l’animal comme des liens de parenté élargis dans le Manifeste des espèces compagnes (2010).
2 Le lakou haïtien est une forme de famille communautaire élargie s’entraidant notamment en partageant des terres et des tâches agricoles : https://www.erudit.org/fr/revues/rot/2025-v34-n1-rot010124/1118777ar.pdf.
3 L’historien Jacques Heers, dans son livre Le Clan au Moyen Âge (1993), explique comment dans l’Antiquité la « familia » incluait l’ensemble des personnes vivant sous un même toit y compris les domestiques, les esclaves et les clients. Il présente également l’apport des familles claniques dans les sociétés traditionnelles, où les biens et les terres de centaines de ménages étaient mis en commun et où les personnes isolées pouvaient être accueillies et réaffiliées au clan.
4 Pour plus de développement, voir la publication du docteur en psychologie Serve Vallon : https://shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2006-1-page-154.
5 Selon l’UNAF (chiffres clés des familles en France, 2024), 97% des Français considèrent que la famille est importante dans leur vie.
6 Pour Claude Lévi-Strauss, grand ethnologue français, spécialiste des relations de parenté, la famille est une structure de relations organisée en rôles : Les Structures élémentaires de la parenté (1949).
7 A distinguer de la solidarité froide, qui se base sur une redistribution de l’Etat, la solidarité chaude repose sur des liens interpersonnels de proximité : Rosanvallon, P., La Crise de l’État providence (1992).
8 Le rôle de la parentalité ne se résume pas qu’à l’éducation et la transmission. La sociologue Irène Théry évoque la distinction entre les deux termes anglo-saxons : parenting et parenthood, qui signifient respectivement : rôle pratique au quotidien et rôle légal avec droits et devoirs : https://journals.openedition.org/lectures/7703.
9 Par exemple pour Sigmund Freud, Dans Cinq Psychanalyses (1935).
10 L’UNAF (Union Nationale des Associations Familiales) est là pour aider et conseiller selon les cas de figure et les besoins : handicap, jeunes parents, aidants familiaux, enfance en danger, deuils, homoparents, etc : http://www.unaf.fr/associations-familiales/annuaire-associations-unaf/.
11 https://phare-eudia.org/2024/07/03/depasser-lentre-soi-des-reseaux-sociaux/.
12 Cet article de Philosophie magazine : https://www.philomag.com/articles/quest-ce-quune-famille, évoque en comparaison la fable des porcs-épics d’Arthur Schopenhauer sur les relations humaines dans Parerga et Paralipomena (1851) : « Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt, ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable”.
13 Podcast sur comment réussir à faire famille : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/7721505-comment-reussir-a-faire-famille.html.
Crédit photo : Rod Long sur Unsplash.



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