💧⚡️🥕 Le terme nexus est utilisé pour désigner des liens indissociables et des imbrications complexes1. Il est donc logiquement employé pour relier les domaines de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation, comme le présente le schéma ci-dessous2.

🌐 La notion est réapparue en 1983 avec le programme des Nations-Unies concernant le nexus alimentation-énergie1. Puis elle a été diffusée en 2011 par le Forum économique mondial avec le nexus eau-alimentation-énergie-climat3. Aujourd’hui elle est régulièrement utilisée en reliant en plus les notions de sol, d’agriculture, de biodiversité, d’écosystèmes, d’économie circulaire, selon le contexte. Ces modèles permettent d’appréhender les interdépendances qui existent entre ces domaines, qui ne sont pourtant pas toujours évidentes au premier abord, mais qui sont si importantes à considérer pour mieux en comprendre le fonctionnement.
⚙️ Regardons à titre d’exemple le nexus eau-énergie. D’un côté, nos usages de l’eau demande de l’énergie pour la pomper, la transporter, la traiter et la distribuer. D’un autre côté, les moyens de production et de consommation d’énergie nécessitent de grandes quantités d’eau notamment pour les refroidir. L’eau prélevée (souvent dans les rivières) à cette fin est soit restituée avec une certaine forme de pollution (présence de particules chimiques industrielles et augmentation de la température de l’eau4), soit non-restituée (l’eau ne retourne pas dans le stock naturel où elle a été prélevée à cause notamment de son évaporation). Si la production énergétique est le premier secteur en termes de prélèvement d’eau5, les secteurs industriels énergivores ont également ces impacts délétères, comme dans le secteur du numérique dont la consommation d’eau a nettement augmenté avec le développement de l’IA générative6.
🌎 Et ce nexus eau-énergie va devenir encore plus prégnant et sensible avec le dérèglement climatique. Pendant les périodes de fortes températures (souvent liées aux périodes de sécheresse en France), le prélèvement d’eau pour refroidir sera d’autant plus élevé avec davantage de non-restitution et d’impacts sur les rivières à l’aval.7 Dans le nexus eau-agriculture, il en sera de même des prélèvements d’eau pour l’agriculture (premier secteur en termes en de non-restitution d’eau5). Les tensions sur les ressources en eau s’intensifieront avec des usages en parallèle : eau courante au robinet, hydratation des milieux naturels, irrigation de cultures, refroidissement de moyens de production énergétique. Il faudra sûrement choisir… à moins qu’une vraie dynamique de sobriété et d’adaptation ne se développe sérieusement, privilégiant le vital avec l’hydratation des êtres vivants (nous y compris), des cultures moins gourmandes en eau et une réduction de notre consommation énergétique.
Ce nexus montre ainsi l’imbrication des enjeux environnementaux, industriels, économiques, sociaux, éthiques qui nous attendent. Il illustre, une fois de plus8, l’importance d’une pensée systémique, indispensable pour bien comprendre ces enjeux planétaires et pour pouvoir y réagir correctement.
1 Dans son livre « Géopolitique de l’eau ; entre conflits et coopérations » aux éditions Le Cavalier Bleu, 2019, David Blanchon présente les utilisations récentes de ce terme : https://www.librairiedalloz.fr/livre/9791031803746-geopolitique-de-l-eau-entre-conflits-et-cooperations-david-blanchon/.
2 Source : The Water-Food-Energy Nexus (UNU-INWEH 2013).
2′ Pour en savoir davantage sur ces imbrications, vous pouvez regarder le Webinaire du TT1.5 : https://www.youtube.com/watch?v=mSISkNaRxks.
3 Dans l’ouvrage intitulé : « Water Security: the Water-Food-Energy-Climate Nexus » : https://www3.weforum.org/docs/WEF_WI_WaterSecurity_WaterFoodEnergyClimateNexus_2011.pdf.
4 Même si encadré en France notamment par l’arrêté du 2 février 1998 : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000005625281.
5 Pour plus d’informations : https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/prelevee-ou-consommee-comment-compter-sur-l-eau.
6 La consommation d’eau a ainsi augmenté de 20 % en 2022 chez Google et de 34% chez Microsoft propriétaire à 75 % d’OpenAI l’entreprise derrière ChatGPT : https://english.elpais.com/technology/2023-11-15/artificial-intelligence-guzzles-billions-of-liters-of-water.html.
6′ Microsoft s’est d’ailleurs très récemment octroyé la production électrique d’une centrale nucléaire dans sa course à l’intelligence artificielle : https://www.latribune.fr/climat/energie-environnement/la-centrale-nucleaire-de-three-mile-island-renait-pour-microsoft-1006895.html.
7 Perspective par exemple identifiée sur le Rhône à proximité des centrales nucléaires, plus d’informations sur les projections hydrologiques : https://phare-eudia.org/2024/08/01/bilan-hydrologique-en-france/.
8 L’approche des limites planétaires révèle également la complexité du système terre : https://phare-eudia.org/2024/11/21/stabilite-dun-systeme-terrestre-habitable/.
Crédit photo : Markus Distelrath sur Pexels.



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