🔮🙂 Si la compréhension de ce qui nous rend heureux progresse, la notion du bonheur reste complexe, sa vision est subjective, sa définition fait l’objet de débats philosophiques inextricables1. Pleine plénitude, succession de petits plaisirs, sérénité de l’esprit, absence de douleurs, bien-être partagé, satisfaction durable, accomplissement vie pro vie perso, sobriété heureuse2, sagesse grecque3, sont autant d’analogies qu’une personne peut rattacher au bonheur.
Alors comment peut-on mesurer le bonheur ?
📊 Etant donné que le bonheur dépend de nombreux facteurs, il est tentant de chercher à l’évaluer en moyennant plusieurs critères objectifs précis, notamment sur les conditions de vie économiques, sociales et environnementales. C’est ce que font un bon nombre d’indicateurs comme l’IDH4 qui prend en compte le revenu, la longévité et l’éducation. Mais même si ces facteurs constituent un terreau favorable au bonheur, ces évaluations appauvrissent considérablement la richesse de la notion de bonheur quelle que soit le nombre de critères intégrés. Le bonheur ne s’y restreint pas et on a tous en tête une personne malheureuse qui remplit pourtant ces critères avec succès ou à l’inverse une personne paraissant heureuse sans qu’elle ait bénéficié d’une réussite dans ces critères.
📃 Etant donné que le bonheur dépend d’une perception très personnelle et de facteurs individuels, il semble pertinent de laisser simplement les personnes donner leur propre appréciation sur ces sujets. C’est l’idée du bien-être subjectif5, souvent mesurée grâce à l’échelle de Cantril6 en demandant à une personne si elle est heureuse dans sa vie. Mais les réponses à ces baromètres peuvent être faussées par plusieurs biais tels que les émotions du moment, la désirabilité de montrer une réussite, les compréhensions variées des notions abordées, une mémoire inexacte du passé.7 De plus, cette évaluation subjective est peu adaptée pour estimer les conditions de maintien d’un état de bonheur dans le futur contrairement à certains critères objectifs tels que les niveaux de dégradations environnementales8.
🧩🧩 On peut donc chercher à évaluer et à expliquer le bonheur global d’une population en utilisant à la fois les mesures objectives de critères communs à cette population (notamment pour estimer une qualité de vie) et les réponses subjectives à des questions posées auprès un échantillon représentatif (notamment pour estimer le bien-être subjectif). Ainsi, le World Happiness Report9, l’indicateur du Bonheur National Brut10, le Better Life Index11 combinent ces deux méthodes.
Cette rapide analyse rappelle la complexité du bonheur.12 Elle montre combien il est important de l’aborder en s’adaptant à chaque personne11 et d’y contribuer en œuvrant en parallèle à ses diverses conditions de réussite (d’autant plus que l’on soutient un bonheur durable et partagé).
1 Plus d’informations dans les chapitres 1.1 et 4.4a du livre « En quête d’un bonheur durable et partagé » aux éditions de la Chronique Sociale.
1′ « Vivre heureux c’est ce que tout le monde veut, mais quand il s’agit de dire en quoi cela consiste, personne n’y voit clair » Sénèque.
2 En référence à la notion portée par Pierre Rabhi : https://www.actes-sud.fr/vers-la-sobriete-heureuse.
3 Dans la lignée d’Aristote, la sagesse est vue comme la voie pour arriver au bien ultime qu’est le bonheur.
4 L’Indice de Développement Humain (IDH) adopté par le PNUD des Nations-Unies en 1990 est la moyenne des 3 critères suivant : l’espérance de vie à la naissance, le nombre d’années de scolarisation, le revenu national brut par habitant : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/indice-developpement-humain.
5 Gaël Brûlé, chercheur et professeur en santé environnementale à la haute école de santé de Genève, explique de façon très claire la mesure du bonheur et la notion de bien-être subjectif (BES) dans ses deux premiers livres : https://www.gaelbrule.com/fr-FR/books.
6 L’échelle a été théorisée en 1965 par le chercheur américain Hadley Cantril, elle est devenue une référence mondiale pour les études sur le BES. Le World Happiness Report l’utilise comme sa question principale : « Imaginez une échelle avec des barreaux numérotés de zéro en bas à dix en haut. Le barreau du haut représente la meilleure vie possible pour vous, le barreau du bas la pire vie possible pour vous. Sur quel barreau pensez-vous vous tenir à ce moment de votre vie ? ».
7 La robustesse et la complétude du BES évalué dépendent des questions posées. Par exemple, le Guide sur l’évaluation du BES de l’OCDE décrit comment le BES peut intégrer 3 dimensions complémentaires : une évaluation de la vie dans son ensemble (dimension cognitive, comme avec l’échelle de Cantril), une mesure des sentiments du répondant (dimension affective ou émotionnelle), une prise en compte du sens et de l’engagement de la personne (dimension eudémonique) : https://www.oecd.org/en/publications/oecd-guidelines-on-measuring-subjective-well-being_9789264191655-en.html.
8 Sur un territoire, on peut s’inspirer par exemple des limites planétaires : https://phare-eudia.org/2024/11/21/stabilite-dun-systeme-terrestre-habitable/.
9 Le Rapport mondial sur le bonheur est publié chaque année depuis 2011 par le Sustainable Development Solutions Network (SDSN) mis en place par les Nations-Unies. Il se base sur les données du Gallup World Poll et découle d’enquêtes uniformisées dans plus de 150 pays du monde. Il mesure le bonheur dans chaque pays avec l’échelle de Cantril, puis il explique les résultats grâce à six facteurs venant en partie de critères objectifs (le PIB par habitant, l’espérance de vie en bonne santé) et en partie de réponses subjectives (le lien social, la liberté de choisir, la générosité, la perception de la corruption), auxquels est ajouté le bien-être en dystopie (c’est à dire celui dans la pire des situations) : https://worldhappiness.report/faq/.
10 Plus d’informations sur le BNB : https://phare-eudia.org/2025/02/12/l-inspirant-bnb/.
10′ L’indicateur du BNB utilise surtout des critères objectifs et quelques réponses subjectives : https://ophi.org.uk/gross-national-happiness.
11 L’Indice du vivre mieux de l’OCDE est un outil de mesure du bien-être dans les pays membres depuis 2011. Il informe les décideurs sur les besoins des citoyens, guidant ainsi l’élaboration de politiques publiques, visant à améliorer le bien-être et la satisfaction de la population. Il se base sur 11 thèmes (la satisfaction de vie, le logement, le revenu, l’emploi, les liens sociaux, l’éducation, l’environnement, l’engagement civique, la santé, la sécurité, l’équilibre de vie) chacun reposant sur 1 à 4 critères objectifs et questions subjectives. A partir de là, chacun peut classer les pays en fonction de l’importance qu’il accorde à chaque thème : https://www.oecdbetterlifeindex.org/fr/about/initiative-vivre-mieux/.
12 D’autres méthodes existent, comme les mesures en temps réel des expériences subjectives vécues par les individus, mais aucune n’apporte pleinement satisfaction quant à l’évaluation du bonheur : https://shs.cairn.info/revue-francaise-d-economie-2012-3-page-35?lang=fr.
Crédit photo : Timon Studler sur Unsplash.



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