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Résilience et Robustesse systémiques

3–4 minutes

🔎💪 Deux notions sont fréquemment évoquées pour faire face aux grands bouleversements engendrés par nos modes de vie : la résilience et la robustesse. Deux conférenciers soutiennent actuellement de façon très éclairante ces notions. L’ingénieur systémicien Arthur Keller travaille sur la résilience des systèmes socioécologiques face à des risque systémiques, il conseille notamment les territoires dans leur stratégie afin de réduire leur vulnérabilité à des chocs majeurs et de gagner en autonomie par exemple alimentaire.1 Le chercheur biologiste Olivier Hamant étudie la robustesse des plantes à l’INRAE, qu’il étend à une robustesse des sociétés humaines en redonnant des marges joyeuses à nos conditions de vie pour tenir face aux incertitudes et aux fluctuations à venir.2 Il est souvent demandé quelle notion est la plus juste, laquelle indique la voie la plus prometteuse.

La plateforme de cours Sator a réuni les deux conférenciers pour clarifier leurs divergences éventuelles3. L’échange permet d’approfondir les réflexions et montre, au-delà des débats sémantiques, au-delà des choix des différentes disciplines scientifiques et des récupérations dommageables,4 que les deux notions peuvent très bien se compléter avantageusement.
En se basant sur méta-analyse multidisciplinaire5, on peut considérer par exemple que pour un système socioécologique la robustesse décrit la résistance à des perturbations modérées, au-delà desquelles le système bascule en mode dégradé ou en crise, et que la résilience décrit la capacité de ce système à se relever pour progresser vers un nouvel état. Autrement dit : plus la robustesse est grande, moins le système pourra tomber ; plus la résilience est grande, moins le système aura du mal à se relever s’il tombe. D’une façon plus imagée, la robustesse peut être représentée par le chêne qui profite de sa solidité pour tenir dans la tempête, la résilience peut être représentée par le peuplier dont la croissance rapide est plus susceptible de lui permettre de repousser après avoir été cassé par la tempête, tandis que le roseau dans la tempête profite de sa flexibilité qui peut être vue comme une forme de résilience ou de robustesse selon les définitions.
On peut aussi voir ces notions comme dépendantes l’une de l’autre : une dynamique de la résilience peut intégrer une première phase de robustesse6,une robustesse élargie peut intégrer cette capacité à subir des chocs importants. Quoi qu’il en soit, l’objectif de s’appuyer sur ces modèles, nécessairement limités face à une réalité bien plus complexe, est d’éviter des chocs systémiques, de les limiter et de s’en relever.

🌳 Si la priorité à donner à l’une ou à l’autre des notions semble dépendre de la temporalité et de l’intensité des chocs à venir, elles mènent toutes deux à des recommandations communes, comme l’arrêt d’une recherche mortifère de la performance économique à tout prix, la valorisation du vivant et de ses solutions devant celles d’un technosolutionnisme, l’importance des liens humains et des communautés. Dans les deux cas, il s’agit de se préparer à la fin d’un système insoutenable et inéquitable. Ces préparations peuvent être vécues avec courage, envie et joie, comme une période tumultueuse de transition aux potentialités énormes et sur le chemin d’un bonheur durable et partagé. Inspirons-nous un peu du chêne, un peu du peuplier et un peu du roseau


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