🧩 La pensée écologique n’est pas unique. Sa diversité est à la fois une grande difficulté qui freine sa capacité à rassembler et une grande richesse qui pourrait suffire à réunir. Mais qu’est-ce qu’au juste l’écologie ?1
L’écologie est d’abord une science initiée par le biologiste Ernst Haeckel en 1866 visant à étudier les êtres vivants (humains et non-humains), leur habitat et leurs interactions. Cette écologie scientifique permet de discuter de la viabilité de notre environnement2. Elle s’est développée avec les premières préoccupations collectives concernant les dégradations environnementale de la révolution industrielle.3 Mais c’est l’écologie politique qui est mieux connue du grand public. Née dès la fin des années 60, elle rassemble plusieurs mouvements qui appellent à transformer nos sociétés et à changer nos modes de vie pour préserver la nature.
🔎 Pour visualiser la diversité des pensées de l’écologie politique et mieux comprendre les liens entre ses principaux courants, penseurs, luttes et organisations, le média Bon Pote et la revue Fracas ont proposé en 2024 une carte des pensées écologiques* avec plus de 150 personnalités représentées (on y retrouve par exemple Hans Jonas, Henry David Thoreau, Jean-Marc Jancovici, Gandhi et Baruch Spinoza) et avec une arborescence centrée sur 8 grandes familles (les écologies anti-industrielles, les écologies libertaires, les écoféminismes, les éthiques environnementales, l’écosocialisme, les écologies décoloniales, le capitalisme vert, l’écofascisme). Comme le précisent les auteurs et même si cette cartographie est censée évoluée, elle est nécessairement contestable, elle simplifie des pensées souvent complexes, elle fige des courants dynamiques. Mais elle a le mérite de représenter la richesse écologique dans laquelle chacun pourra essayer de repérer ses valeurs, ses figures d’inspiration, ses propres indignations.
🌈 La complexité et la diversité de la pensée écologique ne sont pas anormales. Cette pensée traduit entre autres une diversité culturelle, s’appuyant elle-même sur une diversité naturelle. Elle répond à une diversité de catastrophes sociales et environnementales causées notamment par le système majoritaire d’un capitalisme technocentré.4 Elle mène à la confrontation d’idées et à la génération de multiples solutions adaptées à la pluralité des situations, un peu comme le fait la biodiversité. Les différents mouvements écologistes luttent ainsi contre les diverses formes de dominations : sur la nature, sur les animaux, sur les peuples indigènes, sur les femmes, sur les colonies, sur les populations les plus vulnérables.
Malgré son apparente confusion, on peut également y voir une unité féconde : le besoin de changer de système et de procurer plus de soin au vivant, même si les courants sont plus ou moins anthropocentrés, plus ou moins radicaux. L’ « Enlightenment » du siècle des lumières correspond à l’ « Enlivenment » de l’écologie pour certains penseurs, tant il s’agit de révolutionner nos modes de vie, de penser autrement notre place dans le vivant. Ce recul sur la pensée écologique met en exergue l’importance de nous intéresser à l’écologie et de contribuer aux mouvements5 qui nous semblent les plus pertinents pour la transition6.
* Plus d’informations sur : https://bonpote.com/la-carte-des-pensees-ecologiques/.
1 La réponse qui suit se base principalement sur le « Dictionnaire de la pensée écologique » de D. Bourg et A.Papaux aux éditions PUF : https://www.puf.com/dictionnaire-de-la-pensee-ecologique.
1′ et sur le livre « La pensée écologique. Une anthologie » de D. Bourg et A. Fragnière aux mêmes éditions : https://www.puf.com/la-pensee-ecologique-une-anthologie.
2 Par exemple grâce à l’étude des limites planétaires : https://phare-eudia.org/2024/11/21/stabilite-dun-systeme-terrestre-habitable/.
3 A la fin du 19ème siècle, du côté de l’Amérique du Nord, c’est la déforestation qui amène au mouvement du préservationnisme, l’auteur George Perkins Marsh s’interroge sur la durabilité de nos modes de vie au vu des destructions. Du côté Europe, ce sont les dégâts de l’industrie qui ravivent les consciences, l’auteur Eugène Huzar se demande si la civilisation ne disparaîtra pas à cause des dégradations environnementales.
4 Voir aussi : https://phare-eudia.org/2024/12/27/une-ecologie-integrale-face-a-une-crise-complexe-unique/.
5 Et de permettre une bascule sociale : https://phare-eudia.org/2023/10/27/devenons-ceux-qui-permettent-la-bascule-sociale/.
6 De même que l’on peut aborder la transition par différentes portes : https://phare-eudia.org/2025/04/16/6-portes-pour-une-transition-en-profondeur/.
Crédit image : Ray Bilcliff sur Pexels.



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