Le fameux concept de développement durable a été défini en 1987 dans le rapport Brundtland (Our common future) comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » A l’origine, ce concept cherche à concilier deux visions très différentes : celle de soutien au développement souhaité par les pays qui étaient appelés du Sud et celle de protection de l’environnement évoquée par les pays dit du Nord. Sa définition sommaire contribue à une mise en pratique relativement floue et sa pertinence fait aujourd’hui débat étant donné que ce développement soutient dans les faits une durabilité faible.1
⚖️🌍 Afin d’engager un développement favorable à l’idéal d’un bonheur durable et partagé, revenons sur la notion de durabilités faible et forte que l’on peut résumer ainsi.1
La durabilité faible considère que le capital naturel et le capital manufacturé sont interchangeables2. La dégradation des ressources naturelles pourrait alors être compensée par le patrimoine construit par l’Homme, logique où l’économie peut donc être une fin en soi, proche du technosolutionnisme.
La durabilité forte considère au contraire que ces deux types de capitaux ne sont pas substituables mais complémentaires. Le capital naturel est non seulement indispensable pour produire et maintenir le capital manufacturé, mais il apporte également des services écosystémiques irremplaçables dont la destruction est souvent irréversible. Le concept de « capital naturel critique” (CNC)3 est alors utilisé pour désigner ces fonctions vitales et irremplaçables, les 9 limites planétaires4 pouvant être vues comme le modèle actuellement le plus connu.
Le terme de durabilité étant souvent galvaudé, celui de soutenabilité5 est de plus en plus employé (par exemple par l’IRD6 ou l’AFD7) et traduit peut-être davantage l’adéquation urgente à trouver entre se développer et préserver. La soutenabilité forte est un premier pas vers un changement de paradigme, intégrant une économie vertueuse8, une consommation raisonnée, une équité intergénérationnelle, un rapprochement indispensable entre les hommes et la nature.
🖼 D’ailleurs pour dépasser le rapport productiviste que nous entretenons avec la nature, les notions de « capital » naturel et de « services » écosystémiques pourraient être complétés par la notion d’héritage proposé dans la citation suivante comme un narratif désintéressé d’une relation plus saine à la nature9.
« Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. » Antoine de Saint-Exupéry.
1 Pour plus d’informations : https://api.swiss-academies.ch/site/assets/files/100233/hep_factsheetdurabilite4.pdf.
2 Ce principe de substitution fonctionne aussi avec le modèle de 3 stocks de capitaux : l’environnement, l’économie et la société, mis au point par la Banque mondiale en 1994, du moment que la somme totale des stocks reste inchangée : https://ise.unige.ch/isdd/spip.php?article503.
3 Pour plus d’informations : https://sustainabledevelopment.un.org/content/documents/6569122-Pelenc-Weak%20Sustainability%20versus%20Strong%20Sustainability.pdf.
4 Voir les mises à jour sur le site du Stockholm Resilience Center : https://www.stockholmresilience.org/research/planetary-boundaries.html, et plus largement la théorie du Doughnut proposé par l’économiste britannique Kate Raworth.
5 Traduction d’ailleurs plus cohérente avec le terme anglais de « sustainable development ».
6 https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/2023-10/010087948.pdf.
8 Développée dans cet article : https://phare-eudia.org/2024/01/12/vers-une-economie-vertueuse/.
9 Exemple de nouveau narratif célèbre : https://phare-eudia.org/2022/12/19/un-nouveau-recit-ecologiste/.
Crédit photo : Ilie Barna de Pixabay.



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