📱 Notre rapport actuel à la connaissance et à la vérité pose problème : infobésité, entresoi1, ultracrépidarianisme2, désinformation, voire manipulation3. On assiste également à une défiance vis-à-vis de la science4, alors même qu’elle pourrait constituer un rempart préservant la vérité. Mais qu’est-ce que la vérité scientifique ? et pourquoi faudrait-il la croire ?
🏛 La science, dont l’étymologie latine signifie « connaissance », se définit comme un ensemble de connaissances qui sont obtenues avec méthode dans le but de comprendre le réel de manière la plus efficace possible5. La science permet de créer, d’évaluer, d’organiser, de traiter, de diffuser, de modifier des connaissances, dans différentes disciplines que l’on peut répartir en sciences formelles (comme les mathématiques ou la logique), naturelles (comme la biologie ou la physique) et humaines (comme la sociologie ou l’économie). Chacune des disciplines scientifiques possède un cadre propre avec des méthodes identifiées et pouvant évoluer, mais elles répondent toutes à des critères de scientificité. La vérité scientifique découle d’une démarche objective la distinguant d’une opinion, elle est construite grâce à un raisonnement logique et rigoureux. Mis à part les sciences formelles où le critère de démonstration purement déductive suffit, elle propose une théorie vérifiée ou induite par l’expérience et l’observation, elle suit le principe de falsifiabilité6.
📚 La vérité scientifique n’est pas vraie dans l’absolu, elle constitue (via un modèle théorique) l’explication du réel la plus juste émise à un moment donné. Mais non seulement cette vérité peut se révélée erronée (comme l’a été en son temps le géocentrisme), mais elle reste incomplète et insuffisante pour décrire toute la complexité du réel (ainsi la physique newtonienne, qui fonctionne pour la vie courante, a été complétée par la relativité générale et la physique quantique). La science peut formuler des hypothèses et peut se tromper ; partie intégrante de la démarche, ces erreurs peuvent être corrigées et ces hypothèses levées. Le principe de falsifiabilité6 exige qu’une théorie scientifique soit compréhensible et testable, que ses hypothèses soient réfutables par une démonstration ou une expérience reproductible afin d’avoir la possibilité d’en montrer l’inexactitude ou l’incomplétude. Recherches, découvertes, publications, expertises, controverses et consensus font partie du processus scientifique. Cette organisation et cette amélioration continue rendent la connaissance scientifique de plus en plus complète, robuste et précise.
🧭 Il est donc important d’accorder du crédit aux sciences pour élaborer des solutions rationnelles à nos grands problèmes7, pour conserver le goût du vrai8, pour prendre du plaisir dans la vérité scientifique9, sans amalgame avec la technologie dont les innovations ont besoin de la science mais dont la science n’est pas responsable de sa mauvaise utilisation. Les sciences offrent une capacité spectaculaire à l’humanité, mais, incapables de se prononcer sur les fins10, elles doivent être guidées par l’éthique pour servir de bonnes finalités.11
1 Sur le sujet : https://phare-eudia.org/2024/07/03/depasser-lentre-soi-des-reseaux-sociaux/.
2 L’ultracrépidarianisme est un comportement consistant à donner son avis sur des sujets à propos desquels on n’a pas de compétence, selon Wikipédia. Cette notion fera l’objet d’un prochain article Eudia.
3 Pour plus d’informations : https://phare-eudia.org/2024/11/08/le-pouvoir-utile-ou-dangereux-de-la-communication/.
4 Comme en témoigne cet article : https://www.sciencespo.fr/fr/actualites/science-la-montee-des-suspicions/.
5 Définition proposée par le collectif FORTES : https://campus-transition.org/recherche/le-collectif-fortes/ dans le Manuel de la Grande Transition. La présentation de la démarche scientifique dans cet article est basée sur le chapitre 2.3 de la porte Oïkos de ce Manuel.
6 Ce principe, présenté par le philosophe des sciences Karl Popper, est devenu la ligne de démarcation des sciences avec les pseudo-sciences dont les savoirs relèvent souvent d’ésotérisme, de croyance, de subjectivité.
7 Selon le professeur Noam Chomsky du MIT, l’effondrement du champ du discours rationnel constitue le troisième risque majeur auquel est confronté l’humanité avec le changement climatique et le risque de guerre nucléaire. En effet, sans discours rationnel, nous ne pouvons pas trouver ni mettre en oeuvre de solutions adéquates face aux grands défis de notre époque. Source : « Le monde change et on n’y comprend rien ! » de Julien Devaureix.
8 Selon Nietzsche : « le goût du vrai va disparaître au fur et à mesure qu’il garantira moins de plaisir ; l’illusion, l’erreur, la chimère vont reconquérir pas à pas, parce qu’il s’y attache du plaisir, le terrain qu’elles tenaient autrefois : la ruine des sciences, la rechute dans la barbarie en seront la conséquence immédiate. » Pensée citée par Étienne Klein dans l’article suivant.
9 Selon Étienne Klein, physicien, philosophe des sciences, directeur du CEA : https://www.ledevoir.com/societe/science/585841/entretien-la-verite-en-panne-de-plaisir.
10 La philosophie, parfois considérée comme une science, un peu à part, souvent classée dans les sciences humaines, permet, elle, de questionner les finalités et d’apporter des réponses sur le sens.
11 L’astrophysicien Aurélien Barrau montre ainsi la puissance, la beauté mais aussi les limites des sciences dans son livre « L’hypothèse K. : la science face à la catastrophe écologique » aux éditions Grasset : https://www.grasset.fr/livre/lhypothese-k-9782246837145/.
Crédit photo : Eric Prouzet sur Unsplash.



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