💧 De crises de l’eau localisées et temporaires, l’ONU considère désormais que nous sommes entrés dans une période de faillite hydrique dans de nombreuses régions du monde.1 A l’image de la faillite économique d’une entreprise, ces régions n’arrivent plus à régénérer les dommages causés aux ressources naturelles en eau2, engendrant un effondrement durable de leur disponibilité.
Dès 2016, le World Economic Forum alertait sur les conditions de pénurie d’eau3 pour deux tiers de la population mondiale, mais cette situation s’est nettement aggravée. Surexploitation des stocks naturels d’eau, dérèglement climatique, pollutions aquatiques en sont les principales causes.
🩺 Au-delà des seuils graduels de pénuries d’eau, stress hydriques, rareté de l’eau4, la notion de faillite hydrique révèle le cercle vicieux de sociétés qui n’ont pas pris en compte les signaux d’alerte (comme l’épuisement de nappes souterraines, les sécheresses agricoles, l’eau contaminée, les grands incendies, l’affaissement de terrain urbain5) et qui ont continué un mode de vie d’inadaptation. A l’image de l’Iran où la faillite hydrique a été annoncée par l’ONU depuis plusieurs années6, l’état dramatique de la disponibilité en eau à Téhéran a été l’une des causes majeures des violentes manifestations fin et un catalyseur probable de la guerre contre les Etats-Unis et l’Iran.7
↩️ Contrairement aux faillites économiques, une faillite hydrique ne peut pas être redressée par un rachat et une liquidation serait synonyme de zones devenues invivables pour une grande partie du vivant humain et non-humain. De même qu’en économie pour redresser la situation, il faut changer la structure des dépenses et modifier en profondeur notre rapport aux ressources naturelles8.
En attendant qu’une grande bascule opère9, battons-nous pour préserver le capital naturel et pour rester sous les limites planétaires10, développons notre compétence et notre envie de sobriété11, consommons et alimentons-nous de façon responsable12, informons-nous puis sensibilisons13.
1 https://unu.edu/inweh/news/world-enters-era-of-global-water-bankruptcy.
1′ https://collections.unu.edu/eserv/UNU:10403/Water_Bankruptcy-Kaveh_Madani__Accepted_.pdf.
2 Dont la finitude voire la fragilité sautent aux yeux quand on voit la sphère équivalente : https://phare-eudia.org/2025/11/10/trois-petites-spheres/.
3 https://www.weforum.org/stories/2016/02/4-billion-people-face-severe-water-scarcity-at-least-for-one-month-every-year/.
4 Plusieurs définitions existent, selon l’OMS :
une « pénurie d’eau » désigne un territoire où l’eau disponible est comprise entre 1700 m3 et 1000 m3 par an et par habitant de façon périodique ou circonscrite,
un « stress hydrique » désigne un territoire où l’eau disponible est inférieure à 1700 m3 par an et par habitant, de façon durable,
une « rareté de l’eau » désigne un territoire où l’eau disponible est inférieure à 1000 m3 par an et par habitant.
5 C’est le phénomène de subsidence, expliqué dans ce podcast France Culture : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-sciences/la-subsidence-ou-quand-les-villes-s-enfoncent-peu-a-peu-dans-le-sol-9500784.
6 https://www.cambridge.org/core/journals/iranian-studies/article/abs/irans-socioeconomic-drought-challenges-of-a-waterbankrupt-nation/B6233C6E1A673B805C3A59983638F8A6.
7 Le Nexus met en exergue les interdépendances de la préservation de l’eau avec d’autres grands enjeux de préservation d’habitabilité d’un territoire : https://phare-eudia.org/2024/12/13/limportance-du-nexus-eau-energie-alimentation/.
8 Ce changement de notre rapport au monde n’est pas sans rappeler l’écologie intégrale : https://phare-eudia.org/2024/12/27/une-ecologie-integrale-face-a-une-crise-complexe-unique/.
9 https://phare-eudia.org/2023/10/27/devenons-ceux-qui-permettent-la-bascule-sociale/.
10 La limite liée au cycle de l’eau douce a été dépassée en 2023 : https://phare-eudia.org/2024/11/21/stabilite-dun-systeme-terrestre-habitable/.
11 https://phare-eudia.org/2026/02/19/sobriete-desirable/.
12 Environ 70 % de l’eau mondiale consommée provient de l’agriculture : https://www.unesco.org/reports/wwdr/en/2024/s.
13 Par exemple en évaluant son empreinte eau : https://phare-eudia.org/2024/09/11/quelle-est-mon-empreinte-eau/.
Source Image : NASA Earth Observatory, Aral Sea abandoned boats photograph courtesy of Ismael Alonso, Copyright 2011, https://svs.gsfc.nasa.gov/10862#section_credits. Ce site présente des images satellites de la mer d’Aral montrant le déclin dramatique de son étendue depuis les années 1960, suite au détournement par l’URSS de rivières l’alimentant pour des projets d’irrigation de zones désertiques entre autres pour la production de textile en coton.



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