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D’une économie à une écologie de l’attention

4–5 minutes

⚠️ Notre attention est précieuse, c’est elle qui détermine en grande partie notre présence au monde, notre capacité à apprécier, notre qualité relationnelle. Elle est si précieuse qu’elle est devenue pour certaines entreprises leur produit commercial en accaparant l’attention des individus et en en tirant des bénéfices1. Les publicités2 et les réseaux sociaux3 vivent typiquement de cette économie de l’attention4 en profitant du « temps de cerveau disponible »5, de ses rouages et de ses biais6 dévoilés par les scientifiques dans les dernières décennies7. Le numérique8 et l’écranosphère9 sont devenus les lieux courants où l’attention est souvent sur-sollicitée et manipulée, par exemple via les mécanismes des likes offrant des doses de dopamines illimitées ou du scroll largement inspiré des machines à sous dans les casinos, tout en diffusant des contenus publicitaires lucratifs. L’IA10 utilisée à mauvais escient ne fait qu’aggraver la situation en entraînant les algorithmes à choisir des contenus qui captent encore plus l’attention.

Cette prédation de l’attention11, servie par une technologie employée sans parcimonie12, est justifiée par une recherche de plaisir mais donne en fait la priorité aux profits, malgré les risques de dépendances, de déficit ou de surcharge attentionnelle, malgré les conséquences dramatiques sur la santé mentale13. Comme pour les grands enjeux sociaux et environnementaux de notre époque, elle contribue à un effondrement de nos sociétés en détournant notre attention14 de l’essentiel pour le distraire par du superflu15.

L’objet de l’écologie de l’attention16 est justement de préserver des conditions stimulantes mais soutenables pour notre attention, en adéquation avec les ressources attentionnelles de chacun. Ou devrions-nous plutôt parler « des » attentions, tant cette notion porte des réalités bien plus riches et complexes dans notre cerveau qu’une simple capacité de concentration ou de présence attentive. Le professeur Yves Citton16, défenseur de l’écologie de l’attention, propose plusieurs nomenclatures, comme celle de l’attention concentrée (sur une tâche spécifique, associée à la productivité), l’attention distraite (ouverture à de multiples stimuli, associée à la créativité), l’attention élargie (réception de nos émotions, notre entourage, notre environnement). ll s’agit de prendre soin des milieux attentionnels qui favorisent de bonnes capacités attentionnelles, le collective a donc une responsabilité centrale pour préparer un terreau adapté à cette écologie.

🐚 L’écologie de l’attention devient de nos jours essentielle et l’art de méditer17 permet de développer notre capacité à diriger intentionnellement notre attention. Il s’agit d’être plus attentionné18, attentif à soi, aux autres et à notre environnement, pour rester libres de ce sur quoi nous sommes conscients, pour répondre aux défis existentiels de notre époque19, pour reconnecter nos intentions profondes à la réalité qui nous entoure, pour assurer les conditions d’un bonheur durable et partagé20.


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