🌍🌿 Avec une expérience inégalable de 3.8 milliards d’année, la vie sur Terre a réussi à s’adapter à quasiment tous les milieux et toutes les difficultés. Observer avec humilité le vivant et plus généralement la nature (incluant aussi le non-vivant comme le minéral ou les lois physiques), y avoir recours et la préserver pour nous aider au quotidien, vivre avec nature sauf bonne raison d’aller à son encontre peuvent sembler aller de soi1. Et pourtant nos comportements vont très souvent contre nature et notre relation avec la nature est globalement devenu prédatrice2. Heureusement d’autres tendances et comportements davantage en harmonie avec la nature progressent.
🔬⚒ Nous exploitons la nature, son fonctionnement et ses bénéfices d’une manière organisée au moins depuis la révolution agricole du néolithique. Cette exploitation n’a fait que croître jusqu’à la surexploitation des ressources et des habitats naturels3 que l’on connaît aujourd’hui.
Nous cherchons également à copier les structures ou mécanismes naturels pour tenter de les reproduire à notre avantage, c’est le biomimétisme. La bioinspiration, quant à elle, est une démarche proche mais qui cherche plutôt à s’inspirer de la nature sans nécessairement la copier puisque nos techniques ne peuvent parfaitement la reproduire. Ainsi, les bandes scratch Velcro copient les crochets de la bardane, les machines volantes comme celles de Léonard de Vinci essaient d’imiter les oiseaux ou les graines dispersibles par le vent, le photovoltaïque s’inspire de la photosynthèse. Il existe cependant plusieurs niveaux, définitions, objectifs de bioinspiration, reliés à divers concepts comme ceux du biomimétisme, du biosourcing, de la bioassistance, du biocontrôle, de l’écoconception4, il est important de bien préciser les fins et les moyens plus ou moins attachés à s’intégrer au vivant.
Copier ou s’inspirer de la nature sans s’y intégrer et sans la soutenir se heurte à des limites fortes et non appréhendables pour la plupart. Les mécanismes naturels sont complexes, non dirigés vers un but, autonomes ou autopoïétiques5, adaptés à leur milieu spécifique, s’appuyant sur des lois physiques et biologiques qui nous ne comprenons que très partiellement. Si le biomimétisme peut aider à développer des solutions moins impactantes pour l’environnement, s’il a pu avoir comme ambition première de « concevoir des produits et des processus durables qui créent des conditions propices à toutes les formes de vie »6, les techniques biomimétiques ou bioinspirées ne peuvent être comparables aux mécanismes naturels en termes de contribution systémique (notamment à la préservation des écosystèmes) et elles peuvent s’avérer délétères pour le vivant malgré leur apparente performance en cas d’impacts systémiques mal évalués ou de logique industrielle purement lucrative par exemple.
🌳💧 De cette utilisation de la nature, de ses ressources et de son fonctionnement sans chercher à la préserver, nous nous sommes rendu compte des services écosystémiques gigantesques que la nature nous apporte et qui eux aussi se dégradent avec l’érosion de la biodiversité. Un concept a été alors mis en avant par l’UICN en 2009 à la COP15 de Copenhague : les Solutions Fondées sur la Nature (SFN), même s’il est loin d’être vraiment nouveau7. L’UICN définit les SFN comme « les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ».8 Il s’agit donc d’un pas supplémentaire par rapport aux démarches précédentes, pour en quelque sorte s’allier avec nature. On ne l’imite plus seulement d’une façon imparfaite, on profite de ses « solutions » naturelles éprouvées depuis longtemps (sans pouvoir en appréhender tous ses bénéfices pour le vivant humain et non-humain) tout en prenant soin de la nature par une protection, une meilleure gestion ou une restauration des écosystèmes.
L’hydrologie régénérative9, le génie végétal vivant10 ou la plantation d’arbres11 sont des exemples qu’Eudia a déjà mis en valeur dans ses articles. Les SFN sont souvent des alternatives plus durables et moins couteuses sur le long terme que les solutions technologiques ou que les constructions en béton, elle participent à relever les grands défis sociaux et environnementaux de notre époque.12 L’UICN a développé un standard pour identifier des SFN à partir de 8 critères et pour guider les porteurs de projets à en développer.13 Ce standard s’appuie sur les dimensions économiques, sociales et environnementales du développement durable et d’une soutenabilité forte.14

🧭 Si nous prenons la nature comme modèle (structurel, relationnel, organisationnel, esthétique ou même éthique), profitons en pour changer notre relation au vivant, devenons-en des contributeurs et non des prédateurs, cherchons à optimiser pour durer et non à maximiser pour profiter, cultivons la sobriété si bien inspirée de la nature.15 C’est pour Eudia la seule façon de ne pas créer aujourd’hui des solutions qui deviendront demain des problèmes. Dans cet esprit de mutualisme Homme-Nature, sur le chemin d’un progrès pour aller davantage avec nature16, ne pouvant vivre sans elle et faisant partie d’elle, après l’avoir exploitée, copiée, gérée puis préservée dans notre intérêt, le pas supplémentaire ne consisterait-il pas à vivre en harmonie avec elle comme le préconise les philosophies de la permaculture17 ou de l’écologie intégrale18 ? Elevons notre spiritualité pour vivre avec nature, pour penser en faveur d’elle, pour nous en émerveiller, pour y reconnecter notre nature profonde.
1 La richesse du vivant produite par l’évolution naturelle, l’importance d’aller avec nature, l’apport de son étude pour les sciences sont développés dans le livre « En quête d’un bonheur durable et partagé » aux éditions de la Chronique Sociale, respectivement aux chapitres T3, T7 et S4.
2 Mise en évidence par le dépassement de certaines limites planétaires : https://phare-eudia.org/2024/11/21/stabilite-dun-systeme-terrestre-habitable/.
3 Première et deuxième causes d’érosion de la biodiversité selon l’IPBES : https://files.ipbes.net/ipbes-web-prod-public-files/2020-02/ipbes_global_assessment_report_summary_for_policymakers_fr.pdf.
4 https://infos.ademe.fr/lettre-recherche-octobre-2022/biomimetisme-un-atout-pour-la-transition-ecologique/.
5 L’autopoïèse est la propriété d’un système capable lui-même de se produire et de maintenir sa structure en permanence et en interaction avec son environnement malgré son changement de matériaux et de données : https://exobiologie.fr/definir-le-vivant-lautopoiese/.
6 De la biologiste américaine Janine Benyus dans son ouvrage Biomimétisme, quand la nature inspire des innovations durables en 1997.
7 Certaines populations autochtones cherchent par exemple depuis longtemps à vivre avec leur milieu naturel pour le préserver et pour bénéficier de ses avantages : https://phare-eudia.org/2026/02/04/ecoutons-lappel-des-peuples-autochtones/.
8 Source : l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN) : https://uicn.fr/solutions-fondees-sur-la-nature/. L’UICN présente de nombreux exemples de SFN.
8′ Webinaire de l’UICN pour mieux comprendre les SFN : https://uicn.fr/un-webinaire-pour-mieux-comprendre-les-solutions-fondees-sur-la-nature-et-leur-deploiement-dans-le-monde-francophone/.
8 » Mooc proposé par l’OFB à la rentrée : https://ofb.gouv.fr/evenements/mooc-adapter-au-changement-climatique-avec-les-solutions-fondees-sur-la-nature-sfn.
9 https://phare-eudia.org/2023/11/03/pour-une-hydrologie-regenerative/.
10 https://phare-eudia.org/2024/10/06/le-genie-des-constructions-vivantes/.
11 https://phare-eudia.org/2023/10/20/les-meilleurs-allies-des-hommes/.
12 Représentés par exemple par les ODD : https://phare-eudia.org/2024/02/08/quelles-contributions-des-entreprises-aux-odd/.
13 Le guide : https://portals.iucn.org/library/node/49072.
13′ L’outil d’autoévaluation gratuit après enregistrement : https://www.surveygizmo.com/s3/5741878/IUCN-Global-Standard-for-NbS-User-Group.
14 https://phare-eudia.org/2024/04/12/du-developpement-durable-a-une-soutenabilite-forte/.
15 Ces idées rejoignent celle données par Philippe Grandcolas, directeur de l’Institut de systématique, évolution, biodiversité, de l’unité Unité CNRS/MNHN/Sorbonne Université/EPHE : https://lejournal.cnrs.fr/articles/tous-les-modeles-sont-dans-la-nature.
16 Voir les comportements plus ou moins en harmonie avec la nature : https://phare-eudia.org/2025/07/21/comportements-pour-la-transition/.
17 https://phare-eudia.org/2026/03/13/la-permaculture-comme-culture-du-vivant/.
18 https://phare-eudia.org/2024/12/27/une-ecologie-integrale-face-a-une-crise-complexe-unique/.
Crédit Image : Hans Peter Gauster sur Unsplash.



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