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Continent flottant ou soupe immense de plastique

3–5 minutes

🌏🗑 Les déchets plastiques présents dans la nature se retrouvent en grande majorité dans les mers et les océans, s’accumulant notamment dans ce qui est appelé le 7ème continent. Eudia s’intéresse dans cet article aux raisons et aux enjeux du parcours de ces déchets dans la nature qui contribue à une pollution globale, à la fois insidieuse et dramatique pour le vivant.

Comme les déchets délaissés sur les côtes ou ceux directement jetés en mer, les déchets plastiques sauvages continentaux finissent généralement en haute mer après avoir été emportés par le vent, les eaux de ruissèlement et par les cours d’eau. Ils sont ensuite brassés par les courants marins1, une partie se déposera dans les fonds marins2 et une partie flottante s’agglutinera au bout de quelques années dans les grands vortex océaniques, partie flottante appelée 7ème continent tant sa surface est immense. Découverte en 1997, la plus grande plaque flottante de plastique se situe au nord de l’océan Pacifique entre Hawaï et la Californie, la Great Pacific Garbage Patch aurait une superficie comprise entre 1 à 6 fois celle de la France. D’immenses plaques flottantes de plastique ont été formées dans chacun des cinq gyres océaniques (Pacifique nord, Atlantique nord, Pacifique sud, Atlantique sud, Indien sud), mais aussi en Méditerranée et dans les Grands Lacs américains. Ces plaques constituent une soupe plastique avec éléments de toute taille, de déchets entiers (sacs, bouteilles, filets, etc) aux plastiques microscopiques, en passant par de très nombreux fragments dégradés par l’eau salée, la lumière du soleil, l’érosion contre les rochers ou le sable. Ces plaques forment des icebergs dont la surface visible depuis les bateaux (mais difficilement depuis le ciel car en partie translucide) n’est qu’une petite partie comparée au volume immergé pouvant atteindre des épaisseurs de plusieurs dizaines de mètres.3

💧🐟 Sur leur parcours, les déchets plastiques macroscopiques sont des pièges mortels pour de nombreux animaux, comme les tortues bloquées dans les filets fantômes de pêche ou les oiseaux étouffés dans des sacs flottant. La décomposition naturelle de ces déchets peut durer plusieurs siècles4 et elle s’insinue quasiment partout à cause des micro et nanoplastiques. De nombreux organismes, cherchant par exemple à se nourrir de planctons, ingèrent des particules de plastique et les polluants toxiques qui vont avec (comme les hydrocarbures, les métaux lourds, le PCB, le bisphénol A), générant une bioaccumulation tout au long des chaînes alimentaires.5 Les nanoplastiques sont retrouvés dans l’eau de pluie, sur les glaciers, dans le corps des animaux y compris celui des humains6. Les soupes océaniques de plastique peuvent alors alimenter longtemps cette érosion du vivant.

Il est donc essentiel de contribuer à la dépollution plastique tant sur les continents7 qu’en mer8, même si ces opérations sont complexes et couteuses en haute mer, même s’il est quasiment impossible de dépolluer les micro et nanoplastiques ou les plastiques déposés sur les grands fonds marins2, même si tous les plastiques récupérés ne seront pas recyclables9. Cependant pour traiter le problème à la source, limitons nos usages de plastique, jetons dans des filières de traitement adaptées, sensibilisons, cherchons à sortir de la dépendance aux plastiques et à l’introduction d’entités nouvelles10.


1 Pour une information très complète sur le cycle des déchets en mer, voir cette publication 2021 de la revue Nature : Morales-Caselles, C., Viejo, J., Martí, E. et al. An inshore–offshore sorting system revealed from global classification of ocean litter. Nat Sustain 4, 484–493 (2021). https://doi.org/10.1038/s41893-021-00720-8.
2 Comme le montre par exemple cette étude de 2021 en mer Méditerranée : Michela Angiolillo, Olivia Gérigny, Tommaso Valente, Marie-Claire Fabri, Eric Tambute, Elodie Rouanet, Francoise Claro, Leonardo Tunesi, Anne Vissio, Boris Daniel, François Galgani,Distribution of seafloor litter and its interaction with benthic organisms in deep waters of the Ligurian Sea (Northwestern Mediterranean), Science of The Total Environment, Volume 788, 2021, 147745, ISSN 0048-9697, https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2021.147745
3 https://marinedebris.noaa.gov/discover-marine-debris.
3′ https://lejournal.cnrs.fr/articles/un-continent-de-dechets-au-milieu-de-locean.
4 Cette durée reste difficile à estimer : https://marinedebris.noaa.gov/discover-marine-debris/mystery-how-long-until-it-s-gone.
5 Adèle Lemaire. Impacts des nano- et micro-plastiques sur l’environnement et la santé. Sciences pharmaceutiques. 2024. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-05317985.
6 Une étude de l’Université de Newcastel en Australie pour le WWF a révélé en 2019 qu’un humain ingère en moyenne l’équivalent d’une carte bleue de plastique par semaine (soit environ 5g) : https://d2ouvy59p0dg6k.cloudfront.net/downloads/plastic_ingestion_web_spreads.pdf.
7 Cela peut également passer par le piégeage des particulières plastiques à la source quand c’est possible : https://phare-eudia.org/2023/03/21/les-guppy-bags-contre-les-microfibres-plastiques/.
8 https://phare-eudia.org/2021/03/22/depollution-marine/.
9 Mais parfois les déchets plastiques sont recyclables et participent à une réinsertion locale et économique : https://phare-eudia.org/2020/09/12/plastiques/.
10 https://phare-eudia.org/2025/03/05/stop-a-la-pollution-par-les-entites-nouvelles/.
Crédit image : pexels-nannuariyan.

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