🙂 Le bonheur le plus doux est celui qu’on partage, disait le poète Jacques Delille. Si nous avons parfois besoin d’être seul pour nous recentrer, la solitude ou l’isolement1 ne semblent pas synonymes de bonheur. La qualité des relations humaines est même le premier prédicteur d’une vie heureuse et en bonne santé selon la plus longue étude psycho-sociologique menée depuis presque 90 ans par la faculté de médecine de l’université d’Harvard2. Ces relations contribueraient davantage au bonheur que l’argent, la gloire, la classe sociale, l’intelligence ou même la génétique selon cette étude. Parmi les explications on retrouve des raisons indirectes liées par exemple à une meilleure santé (retardement du déclin mental et physique2, moins de stress et plus de résistance aux maladies3), mais également des effets directs4 comme la diminution des mécontentements de la vie2. Les liens forts5 (comme ceux de la famille6 ou des amis) sont essentiels à notre bonheur, mais les liens faibles5 y participent également en apportant de la nouveauté ou en renforçant le tissu social par exemple.7 Certaines études tendraient même à montrer que le seul fait d’être entouré d’autres personnes contribuerait à rendre plus heureux, même dans des situations où l’on pourrait penser le contraire comme dans les transports publics8.
🤝 Mais ce qui peut être encore plus intéressant, c’est le lien qui existe entre altruisme et bonheur. Loin de l’individualisme, les gens heureux déploient statistiquement plus de comportements prosociaux et ceux qui se comportent ainsi sont plus heureux.7 9 La motivation à être gentil, le souvenir de l’avoir été ou les actes de gentillesse contribueraient au bonheur.10 Les activités bénévoles contribueraient à davantage d’enthousiasme, à une meilleure santé physique et mentale, à une plus grande longévité.11 Le volontariat éloignerait les adolescents de la toxicomanie, des grossesses précoces et du décrochage scolaire.12 L’entraide faciliterait le rebond des individus ayant subi des évènements tragiques comme le deuil.13 Le Rapport Mondial sur le Bonheur de 2019 porté par les Nations-Unies consacre un chapitre entier au lien entre bonheur et comportements pro-sociaux14. Il y est indiqué que ce lien d’association est fort même si les preuves de causalité sont parfois surestimées dans certaines recherches.
🫂 L’importance des relations humaines et de l’altruisme pour le bonheur peut être également expliquée en partie par l’évolution qui a favorisé l’émergence de l’entraide, par la biologie et la libération d’hormones15, par le sentiment d’accomplissement16. Comme très souvent les grands penseurs, tels que Spinoza, Diderot ou Rousseau17, ont perçu l’importance de l’entraide et de la bienveillance pour le bonheur bien avant les sciences du bonheur18. Il en est de même de pensées populaires comme ce dicton attribué à un proverbe chinois :
Si tu veux être heureux pendant une heure, fais une sieste. Si tu veux être heureux pendant une journée, va à la pêche. Si tu veux être heureux toute ta vie, aide ton prochain.
1 Voir par exemple les enquêtes sur l’impact des réseaux sociaux : https://phare-eudia.org/2024/07/03/depasser-lentre-soi-des-reseaux-sociaux/.
2 Il s’agit de l’étude sur le développement des adultes (qui englobe les données initiales de la Grant Study) : https://news.harvard.edu/gazette/story/2017/04/over-nearly-80-years-harvard-study-has-been-showing-how-to-live-a-healthy-and-happy-life/.
2′ Les résultats sont quasiment similaires dans le World Happiness Report porté par les Nations-Unies et basé sur les données du Gallup World Poll, découlant chaque année d’enquêtes uniformisées dans les trois quarts des pays du monde. Le lien social est le premier ou deuxième prédicteur de bonheur avec le PIB selon les pays. Par exemple dans le rapport de 2020, le lien social était le facteur le plus important pour près de 90% des pays sondés et expliquait à lui seul 33% du niveau moyen mondial de bonheur (devant le PIB à 25%). Voir la note 13 pour un complément.
3 Myers, D. G. (2000). The funds, friends, and faith of happy people. American Psychologist, 55(1), 56–67. https://doi.org/10.1037/0003-066X.55.1.56.
4 Diener, E., & Seligman, M. E. P. (2002). Very Happy People. Psychological Science, 13(1), 81-84. https://doi.org/10.1111/1467-9280.00415.
5 Les liens forts sont établis avec des proches où il existe une confiance réciproque élevée et une certaine affection, tandis que les liens faibles sont établis entres des individus culturellement ou socialement éloignés : GRANOVETTER M. S. (1973), « The Strength of Weak Ties », in American Journal of Sociology, p. 1360-1380.
6 https://phare-eudia.org/2026/03/24/faire-famille/.
7 Gaël Brûlé, chercheur et professeur en santé environnementale à la Haute Ecole de santé de Genève, développe ces points dans son livre « Le bonheur n’est pas où vous pensez » aux éditions Dunod.
8 L’impact positif des liens faibles sur le bien-être subjectif est montré par cette étude, où les participants s’attendaient à être plus heureux seuls dans les transports publics alors qu’ils ont ressenti plus de bonheur en relation avec d’autres : Epley, N., & Schroeder, J. (2014). Mistakenly seeking solitude. Journal of Experimental Psychology: General, 143(5), 1980–1999. https://doi.org/10.1037/a0037323.
9 Evalué généralement dans ces enquêtes via le Bien-Etre Subjectif : https://phare-eudia.org/2025/03/25/combien-de-bonheur/.
10 Otake, K., Shimai, S., Tanaka-Matsumi, J., Otsui, K., & Fredrickson, B. L. (2006). Happy people become happier through kindness: A counting kindnesses intervention. Journal of Happiness Studies, 7(3), 361-375. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17356687/.
11 Luks A., & Payne, P. (1991). The Healing Power of Doing Good: The Health and Spiritual Benefits of Helping Others. Ballantine.
11′ Oman, D. (2007). Does volunteering foster physical health and longevity? IN S. G. Post (ed.), Altruism and Health : Perspectives from Empirical Research. Oxford University Press, pp. 15-32.
12 Nicholson, H. J., Collins, C., & Holmer, H. (2004). Youth as people: The protective aspects of youth development in after-school settings. The Annals of the American Academy of Political and Social Science, 591(1), 55-71.
13 Brown, S. L., Brown, R., M., House, J. S., & Smith, D. M. (2008), Coping with spousal loss: Potentiel buffering effects of self-reported helping behavior. Personality and Social Psychology Bulletin, 34(6), 849-861.
14 https://www.worldhappiness.report/ed/2019/happiness-and-prosocial-behavior-an-evaluation-of-the-evidence/.
15 L’ocytocine incitant aux relations humaines, les endorphines libérées par certaines relations humaines et les autres hormones dites du bonheur : https://phare-eudia.org/2024/01/26/hormones-du-bonheur/.
16 Voir le livre de Matthieu Ricard « Plaidoyer pour l’altruisme. La force de la bienveillance ».
16′ ou le livre de Jacques Lecomte « La Bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité ».
17 « Les âmes ne sont pas vaincues par les armes, mais par l’amour et la générosité. » Spinoza.
17′ « L’homme le plus heureux est celui qui fait le bonheur d’un plus grand nombre d’autres. » Denis Diderot.
17 » « Je sais et je sens que faire du bien est le plus vrai bonheur que le cœur humain puisse goûter. » Jean Jacques Rousseau.
18 https://phare-eudia.org/2026/07/06/le-bonheur-un-sujet-scientifique/.
Crédit image : Annie Spratt sur Unsplash.



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