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Compétent ? Gare à l’ultracrépidarianisme !

3–5 minutes

☝️ L’ultracrépidarianisme est un comportement consistant à donner son avis sur des sujets à propos desquels on n’a pas de compétence.1 Il peut être décrit par l’effet Dunning Kruger où les moins compétents dans un domaine ont tendance à surestimer leur compétence dans ce domaine.2 Alors qui sont les plus légitimes pour traiter un sujet ? Sans légitimité, peut-on rendre pertinent un propos ?

💡 En fonction du sujet, plusieurs critères de légitimité des compétences et des savoirs peuvent être identifiés ; de façon non exhaustive : l’auteur par la création d’une œuvre, le professionnel par l’expérience de la réalisation d’un travail, le participant par le vécu d’un évènement, le diplômé par la reconnaissance du niveau atteint en études supérieures. Dans les différentes disciplines scientifiques (telles que la psychologie, la médecine ou la climatologie), la légitimité vient avant tout des scientifiques qui appliquent des méthodes scientifiques, où la vérité n’est pas une vérité absolue figée, mais un chemin organisé toujours à améliorer vers la compréhension du réel3.

Pour autant, la pertinence d’intervenir sur un sujet, même scientifique, ne se limite pas qu’aux scientifiques eux-mêmes. Vulgarisateurs4, journalistes, femmes et hommes politiques ont par exemple un rôle immense dans cette transmission du savoir. Cette transmission est pertinente une fois qu’ils se sont correctement informés sur le sujet, sans s’enfermer dans un entre-soi appauvrissant5, dans la mesure où ils en donnent les sources, où ils distinguent leurs opinions des faits ou des données et résultats scientifiques, où les opinions peuvent être discutées et débattues6. Toutes les sources ne se valent pas, les méta-analyses scientifiques comme les rapport du GIEC ou du GIECo se basent sur un état de l’art des connaissances scientifiques sur le sujet, on peut y accorder davantage de crédit que les autres publications scientifiques relues par des pairs qui peuvent être classées selon la fiabilité des revues de parution, elles-mêmes pouvant généralement être jugées plus fiables que des livres ou des articles classables selon la légitimité des éditeurs et des auteurs.7

🎨 Si le développement collectif de connaissances et compétences relevant d’un processus organisé comme la méthode scientifique ou comme le développement des brevets industriels restent la voie la plus légitime selon Eudia, il ne faut pas y réduire les savoirs humains intéressants. Non seulement, le cloisonnement des disciplines scientifiques8 (mais également des secteurs industriels) peut être vu comme une forme d’appauvrissement et d’erreur des connaissances (nous développerons ce sujet dans un article à venir en nous basant notamment sur les pensées du philosophe Edgar Morin), mais il existe en plus d’autres savoirs non enregistrés par les sciences et par les entreprises, tels qu’une grande partie des savoirs autochtones9 (parfois exclusivement oraux).

🧠❤️ L’ultracrépidarianisme ne doit donc pas être confondu avec l’ouverture d’esprit ou la vulgarisation, toutes deux nécessitant méthode, humilité et curiosité. Ces trois qualités invitent, comme le suggère le philosophe Etienne Klein1′, à questionner les experts sur un sujet avant de se prononcer de façon prudente. Les pièges de l’ultracrépidarianisme et ceux de la désinformation s’appuient en partie sur des mécanismes similaires10, qui font qu’une certitude affichée rassure plus qu’interrogation scientifique, qu’une contre-vérité est plus facile à répandre qu’une inexactitude à démontrer, qu’une communication impactante marque les esprits même si elle est absurde. Ne serait-ce pas le développement de compétences intérieures11 et éthiques qui permettent de s’en protéger ?

« Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté si elle n’est pas éclairée. » Albert Camus.


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