🩺🙂 Le sujet du bonheur est un thème philosophique par excellence, mais il est devenu aussi durant le 20ème siècle un sujet d’études scientifiques qui ont mené aux Sciences du bonheur. Ces sciences sont donc pluridisciplinaires, historiquement portées par la philosophie puis l’économie et la psychologie, elles sont aujourd’hui nourries de la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, la médecine, la géographie.1 Elles étudient comment mesurer le bonheur2, quels sont ses déterminants ou ses facteurs, quels systèmes humains rendent davantage heureux.
En philosophie, quasiment tous les penseurs traitent à un moment de l’ontologie du bonheur (d’Aristote à Robert Misrahi en passant par Spinoza pour ne citer que trois philosophes pour lesquels des pensées ont déjà été partagées dans les articles Eudia). Les économistes s’intéressent entre autres aux indicateurs de bonheur3, aux liens entre revenus et bonheur ou encore aux économies favorisant le bonheur (pensons à Richard Easterlin avec son paradoxe ou à Richard Layard, parmi les pères des sciences économiques du bonheur). Côté psychologie, les études se portent sur les rouages mentaux du bonheur et le développement de modèles pour les expliciter (Martin Seligman et Jordan Peterson sont par exemple à la base du mouvement de la psychologie positive moderne). La sociologie va plutôt chercher à comprendre les facteurs sociaux du bonheur (Ruut Veenhoven en est l’un des grands spécialistes). Les neurosciences vont étudier notamment le fonctionnement du cerveau et des neurotransmetteurs en lien avec la perception de bonheur4. L’historien et le géographe vont s’interroger sur la place du bonheur à travers les époques, les lieux et les peuples.
🌈 Cette diversité d’apports et de croisements disciplinaires font que nous n’avons jamais aussi bien compris le bonheur qu’aujourd’hui. Est-ce que pour autant nous en connaissons les rouages et les recettes ? Est-ce que pour autant nous favorisons ses conditions ? Rien n’est moins sûr tant le sujet est complexe et les sirènes au bonheur nombreuses ! Si l’on évoque seulement la définition du bonheur, chaque philosophe aura la sienne se rapprochant par exemple d’un bonheur hédonique ou bien d’un bonheur eudémonique, au sein d’une même discipline scientifique on l’étudiera parfois sous l’angle du bien-être subjectif2, parfois sous celui de ses conditions objectives de présence, parfois encore en mesurant la satisfaction ou la qualité de vie. Souvent cependant ces recherches dépassent les débats sémantiques et philosophiques inextricables sur la définition pour étudier ce qui nous rend heureux ou malheureux et comment.
La polycrise que nous traversons5, nous pousse à nous intéresser aux facteurs de malheur. Mais afin de comprendre les causes profondes de la polycrise6, d’assainir nos systèmes sociaux et nos relations avec le monde, ne devrions-nous pas avant tout travailler sur les conditions de bonheur, comme soutenu par Eudia dès ses débuts, comme le permet la philosophie du bonheur durable et partagé ? Les Sciences du bonheur peuvent nous aider à identifier les limites de certaines conceptions du bonheur alimentant la polycrise, mais aussi à comprendre ce qui nous rend heureux dans un contexte de grande incertitude.7 Les Sciences du bonheur confirment souvent les pensées de philosophes qui ont irrigué nos valeurs et nos traditions depuis des siècles : importance capitale des relations humaines, apports des vertus, sobriété désirable8, intérêt de la pleine conscience9.10
1 La pluridisciplinarité est l’un des axes forts de la ligne éditoriale de la revue scientifique francophone Sciences & Bonheur : https://sciences-et-bonheur.org/.
2 https://phare-eudia.org/2025/03/25/combien-de-bonheur/.
3 https://phare-eudia.org/2025/06/27/des-indicateurs-pour-ce-qui-compte-vraiment/.
4 Certains neurotransmetteurs sont aussi des hormones dites du bonheur : https://phare-eudia.org/2024/01/26/hormones-du-bonheur/.
5 https://phare-eudia.org/2024/12/27/une-ecologie-integrale-face-a-une-crise-complexe-unique/.
6 https://phare-eudia.org/2024/11/28/sattaquer-aux-causes-profondes-et-non-aux-symptomes-visibles/.
7 En mars 2026, une journée d’étude internationale a été organisée sur ce thème (Bonheur et Polycrises) à l’occasion des dix années de la revue Sciences & Bonheur : https://sites.google.com/view/jdb2026.
8 https://phare-eudia.org/2026/02/19/sobriete-desirable/.
9 https://phare-eudia.org/2024/09/18/meditation/.
10 Un cours gratuit en ligne sur « La Science du Bien-être » proposé par l’université de Yale permet de développer ces éléments : https://online.yale.edu/courses/science-well-being.
Crédit image : Madison Oren sur Unsplash.



Laisser un commentaire